Chapitre 1 : Le nouveau système professionnel, et mon départ pour la Chine.

Je me suis rendu compte en discutant avec des joueurs de go de plusieurs clubs, que peu de gens sont au courant des changements majeurs qui ont eu lieu au sein de la fédération européenne de go.
C’est l’occasion de faire un petit point !

L’accord CEGO, qu’est-ce que c’est ?

    
Le 8 mai 2013 à été signé un accord entre l’EGF (la fédération européenne de go) et la compagnie chinoise CEGO, décidant d’investir avec en vue plusieurs objectifs afin de développer le go en Europe :
  • Améliorer le niveau des amateurs de go européens
  • Etablir un système de professionnels de go en Europe
  • Développer la popularité du go, et améliorer les relations entre l’EGF et la Chine, qui est l’un des pilliers du Go dans le monde.
Ainsi, plusieurs programmes ont été crées :
  • Le tournoi de qualification pour devenir professionnel qui a lieu chaque année au printemps
  • Des tournois avec des prix importants ( Grand Slam, le Championnat des pro européens)
  • La création d’une académie de go en ligne pour les jeunes joueurs prometteurs venant de tous les pays d’Europe
  • L’envoi de quelques joueurs confirmés ou de jeunes talents chaque année dans l’académie de Ge Yuhong à Pékin.

L’arrivée à Pékin

C’est grâce à ce dernier point que j’ai eu la chance de partir en Chine de septembre 2015 à février 2016.
L’académie de Ge Yuhong est l’une des plus célèbre du pays. En effet, une vingtaine de nouveaux pro sont promus chaque année en Chine, et entre 5 et 10 proviennent de cette académie.

Le niveau est donc très élevé et c’est avec enthousiasme que j’ai décollé pour Pékin.

Ne parlant pas chinois, j’étais heureux d’avoir d’autres européens avec moi en collocation !
En doyen de la coloc se trouvaient Timur Sanking de Russie, et Johannes Obenaus d’Allemagne.
Tous deux parlent couramment chinois et ont été nos sauveurs plus d’une fois.
Ensuite les deux nouveaux professionnels européens Ali Jabarin et Mateusz Surma venant respectivement d’Israël et de Pologne, et enfin les 3 plus jeunes, Grigoriy Fionin (16 ans) et Kim Shakhov  (13 ans) de Russie

et Valerii Krushelnytskyi (14 ans) d’Ukraine.

Ca fait penser à une certaine auberge espagnole, n’est-ce pas ? Avec les différences d’âge cela faisait plus de nous une grande famille :)
Une belle équipe prête à tout pour affronter les jeunes chinois en pleine progression !

Mais pour ça il faut d’abord étudier.

L’académie Ge Yuhong, comment ça marche ?

Voici l’exemple d’une journée de cours classique.

8h30
9h30
Tsumego : une feuille recto verso de 24 tsumegos a finir dans l'heure, avec un niveau qui dépend de la classe dans laquelle on est.
9h30
11h30
1ère Partie : 1h par joueur, 20s x3 pour le byo yomi, règles chinoises.
11h30
12h30
Correction des tsumego par le pro de la classe, puis études personnelles.
12h30
14h
Pause déjeuner, les élèves continuent les études perso une fois qu'ils ont fini de déjeuner (études de parties pros, tsumego, parties rapides).
14h
16h30
2ème partie
16h30
17h
Parties commentées par le pro de la salle, études personnelles.
17h
18h30
Dîner
18h30
21h
Chaque classe est répartie avec un pro, souvent guest star allant de 2e dan pro jusqu'à 9e dan pro.
4 parties sont commentées.
21hFin des cours, mais certains élèves n'hésitent pas à continuer d'étudier, pour nous européens c'est l'heure de rentrer !
Les Week end ont lieu deux tournois de parties rapides (20s x3), 3 parties rapides le samedi matin et 3 le dimanche soir.
La feuille de tsumego matinale.

La feuille de tsumego matinale.

 

L’académie est divisée en deux écoles, la première allant de la classe 1 avec des jeunes ayant déjà un niveau pro,
jusqu’à la classe 10 avec un niveau proche de 5-6e dan européen.
L’autre école est familièrement appelée « kindergarden » ou « la maternelle » entre nous, puisque la plupart des étudiants y ont moins de 10 ans et ont un niveau un peu plus faible. Elle est située dans un autre établissement beaucoup plus loin de notre appartement, ce qui a été ma principale motivation pour ne jamais descendre dans les classes 11 à 15 :).
Le tournoi mensuel dans l'académie. (Big Cycle)

Le tournoi mensuel dans l’académie. (Big Cycle)

 

 

A la fin de chaque mois a lieu un tournoi dans l’académie, appelé « Big Cycle », où les élèves s’affrontent pendant 1 semaine, jouant au total 13 parties. En fonction de leur classement, ils sont répartis dans une classe.

Et pour motiver encore plus, il y a de l’argent à gagner pour les dix premières places (environ 1000 euros pour le premier). Il y a 6 parties par cycle, et 2 cycles par semaine.

A chaque « petit » cycle, 2 accèdent à la classe supérieure, et 2 descendent. Cela permet de changer de groupe assez souvent.
Tous les résultats des cycles sont disponibles ici!

Pour finir : Les élèves, et le système de sélection.

Les jeunes de l’académie ont entre 7 ans et 18 ans. Une fois majeur, il n’est plus possible de devenir professionnel.
Les élèves de l’académie viennent de toute la Chine. Ils sont repérés très jeunes, ceux ayant déjà un niveau en dan ou étant prometteurs sont invités à rejoindre la capitale pour étudier le weiqi jusqu’à devenir pro.
Malheureusement ce n’est pas possible pour tout le monde…et c’est là qu’est la différence principale de niveau entre la Chine ou la Corée, et le reste du monde.

Imaginons : un enfant de 4 ans commence à apprendre les bases du go, et il se débrouille mieux que la moyenne.

Deux ans plus tard, il est alors envoyé dans une école spéciale pour le go avec pleins d’autres enfants dans son cas. Si sa progression se poursuit rapidement, il changera d’école et pourra entrer dans une académie supérieure.
Il continuera ensuite ses études de go jusqu’à devenir pro, ou, comme la majorité, il devra se résigner à 18 ans car la limitation d’âge ne lui permet plus d’avoir un avenir dans le monde du go professionnel.

Ce système a été reproduit dans la plupart des domaines sportifs en Chine, et il porte ses fruits.

En faisant étudier des milliers de jeunes talents, il y en aura toujours quelques uns qui seront des génies et deviendront les meilleurs joueurs du monde.
Mais que deviennent tous ceux qui ont échoué à cette tâche ? Là est le problème, car pour pouvoir atteindre le meilleur des niveaux, il a fallu sacrifier bien d’autres choses.
L’exemple le plus marquant est tout simplement l’apprentissage du chinois.
C’est une langue extrêmement complexe à écrire et à lire due à ses milliers de signes, et cela demande des années d’études aux écoliers chinois, temps passé à faire des tsumego pour d’autres. Une fois majeurs, les perspectives d’avenir sont minces pour ces jeunes dont le niveau au go est très élevé, mais celui des études bien plus faible.

Au prochain chapitre : Ma vie en Chine, mes parties de tournois…et Park Junghwan ???

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